Quand quelqu'un éternue devant moi, m'envoyant par la même occasion une pluie horizontale de postillons entre les deux yeux et 125 décibels dans chaque conduit auditif, j'ai pour habitude de dire avec la bienveillance qui me caractérise et fait de moi quelqu'un d'exceptionnel : A tes amours !

ATCHOUM !
L'autre jour, une très bonne amie et voisine depuis peu, a voulu participer à l'éducation de ma fille Eléa 15 ans, en lui expliquant qu'il est de bon ton de répondre à cette petite attention si sympathique par : Que les tiennes durent toujours et surtout pas : Que les tiens durent toujours, comme ton inculte de père te l'a toujours enseigné... Amour au pluriel est toujours féminin !
Tout d'abord je voudrais vivement remercier celles et ceux qui s'occupent de mes enfants en leur apprenant les usages corrects de notre si belle langue qu'est le français, mais avant de prendre le risque inconsidéré de me contredire, je tiens à encourager ces braves personnes d'aller faire un petit tour sur Wikipédia !
Au moment où ma fille me rapporte l'intéressante discussion, mon sang ne fait qu'un 33 tours (je suis mélomane), m'obligeant à interrompre le repas pour aller consulter une encyclopédie grammaticale.
Ce n'est pas que je doute des paroles de celle à qui je confie volontiers mes petits travaux rédactionnels pour (re)lecture, mais il me faut absolument vérifier l'exactitude de propos qui, s'ils s'avéraient justes, risqueraient de mettre en péril l'admiration que porte mon entourage familial sur mon niveau de connaissances, qui se situe plutôt au dessus de la moyenne (en restant modeste).
En fait, pour être tout à fait exact, au moment où j'entends que je pourrais avoir fait une telle erreur pendant toutes ces années, une étrange et inhabituelle sensation de doute m'envahit.
Il faut préciser que rapidement, j'ai engagé un tri non sélectif dans mon exceptionnel outil à ranger mon savoir (chez les autres on appelle ça un cerveau) et d'un fâcheux tiroir en est sorti la chanson de Prévert enregistrée par Serge Gainsbourg en 1958 (ne me demandez pas comment je fais pour retenir autant de choses, j'ai moi-même du mal à me l'expliquer) :
Et chaque fois les feuilles mortes
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour
Les amours mortes
N'en finissent pas de mourir
Bon sang, mais alors, cela voudrait dire que ma foutue copine aurait raison et ma propre famille pourrait maintenant s'imaginer que mon esprit connaît quelques défaillances ?
Comme j'ai le privilège de posséder une irrépressible envie de peaufiner mon instruction je recoupe systématiquement toute nouvelle information non répertoriée dans un coin de ma mémoire (fait assez rare pour être souligné), soit plusieurs milliers de pétaoctets (1 pétaoctet = 1 125 899 906 842 624 octets pour les ignares).
Suite à une rapide recherche sur mon Google favori, je trouve un article aux sources fiables et commence à haute voix la lecture de la règle. En fait, je sais que je ne prends aucun risque, envisager qu'une telle erreur de ma part soit possible est tout à fait farfelu.
A tes amours
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Trois mots (amour, délice et orgue) de la langue française nous font la surprise (pas pour tout le monde) d’être au masculin lorsqu’ils sont employés au singulier et de passer au féminin quand ils sont conjugués au pluriel.
Sauf que... le mot amour devient féminin au pluriel uniquement lorsqu’il signifie "relation amoureuse".
Hors, il est tout à fait possible d'être (par exemple) amoureux de la nature, et que je sache, on a jamais été obligé de coucher avec une pâquerette !
Bon, je serai bon prince et veux bien admettre chère voisine, que tu puisses dire : Que les tiennes durent toujours (pfff, y'en a qui pensent qu'à ça), pour ma part je continuerai à utiliser : Que les tiens durent toujours, cela me donnera une bonne occasion de me marrer un peu en pensant à ce petit épisode qui a rythmé le premier jour de mon prochain demi siècle et à ce propos, je te remercie d'y avoir pensé.
Sources : site de l'académie française.
Allez zou, l'honneur est sauf ! Next...










